Veille Webmarketing & marketing direct

Comment vendre sur internet. Les actualités du marketing en ligne.

Vlan #56 Ethique et intelligence artificielle sont-elles compatibles? 

mardi 4 septembre 2018 à 06:39

Aurélie Jean est une scientifique numéricienne, fondatrice de In Silico Veritas et est très connue pour ses compétences et prises de position autour des sujets de l’intelligence artificielle entre autres.
J’avais déjà reçu Aurélie au tout début de ce podcast d’ailleurs sur un sujet plus généraliste autour de l’IA.
Et c’est justement pour cela que j’ai demandé à Aurélie de revenir nous parler d’un sujet qui me semble essentiel au 21 siècle à savoir: l’éthique.


C’est un épisode un peu particulier puisqu’il a été enregistré en live avec un public chez MylittleParis dans le cadre de leur université d’été.
J’aurais l’occasion d’en enregistrer d’autres avec du public donc surtout écrivez moi si cela vous intéresse.

 

L’éthique et l’intelligence artificielle sont-elles compatibles et si oui comment? 

En Europe et à fortiori en France nous avons une posture forte par rapport à l’éthique et il est donc nécessaire de se pencher sur ce sujet stratégique.
Oui Intelligence artificielle et éthique peuvent fonctionner de concert assène Aurélie.
Si on reprend les 3 modèles dans le monde autour de l’IA et de l’éthique, on a d’un coté et très schématiquement les U.S. qui considèrent la données comme un élément commercial (même si Aurélie rappelle que tout n’est pas si libéral au pays de l’oncle Sam), la Chine qui considère la donnée comme un élément du pouvoir afin de définir les « bons citoyens » et l’Europe dans laquelle, avec le RGPD dernièrement, on essaie de protéger la donnée.
Quoiqu’il en soit, elle est convaincue que l’éthique et l’ intelligence artificielle ne s’opposent pas du tout.
En réalité,  l’éthique ne se définie jamais en « bien » ou « mal » mais plutôt en point de vue évidemment.
Simplement en fonction des valeurs, l’éthique et la morale peuvent évoluer d’un pays à l’autre.

Selon Aurélie, le RGPD est d’ailleurs un grand pas dans ce sens et explique comment les GAFA sont obligés de le respecter au moins pour l’Europe.
Il sera pertinent de regarder comment cette première version impacte les usages afin de faire évoluer la loi en fonction.
Ce qui est certain c’est qu’il faut éduquer car pour la première fois nos dirigeants ne comprennent pas la révolution en court même s’ils essaient de s’y intéresser.

Comment les biais cognitifs influencent l’éthique de l’intelligence artificielle?

Tout humain a des biais cognitifs, c’est à dire que sa manière de percevoir le monde est nécessairement différente d’un autre et cela va se retrouver dans l’intelligence artificielle.
Comme le souligne Aurélie, il y a des exemples très connus comme l’incapacité des smartphones (pour les 1er modèles) à proposer une reconnaissance faciale qui fonctionne pour les personnes de couleurs mais elle parle aussi de ses propres sujets d’études sur les traumatismes crâniens et donc de la taille des cranes humains sur lesquels elle s’est appuyée dans ses travaux.
Elle était alors partie sur une grande majorité de crânes de personnes blanches jusqu’à réaliser que les personnes asiatiques avaient des tailles de cranes différentes. C’est un simple exemple mais nous pourrions faire une erreur similaire.
Bref, même avec la meilleure volonté du monde, les biais sont partout.
Et évidemment, cela fini par créer des biais algorithmiques que l’on retrouve dans les machines mais ce n’est pas une volonté de ne pas être éthique ou de nuire de la part des scientifiques, vous l’aurez compris.
Selon Aurélie, c’est la responsabilité de toutes les personnes qui travaillent sur un projet d’avoir conscience des biais cognitifs car c’est la seule manière d’enrayer leurs propagations.
A chacun de devenir un peu plus philosophe pour aller dans ce sens et surtout favoriser la transdisciplinarité afin d’être plus pertinent.
Aurélie a d’ailleurs travaillé avec Grégory Renard sur un serment d’Intelligence Artificielle pour éviter les erreurs de jugements.
Il se trouve en ligne en français et en anglais et a pour objectif de défendre la vie (pas seulement celles des humains bien sur).
On y retrouve la protection de la données, la protection des pairs ou encore la transmission de l’information…

Peut on être compétitif et éthique?

C’est intéressant de constater que même quand les limites de l’éthique sont élargies cela ne résout pas nécessairement tout.
Aurélie prend à ce titre l’exemple du clonage humain qui même s’il est potentiellement accepté en Chine, n’a toujours pas eu lieu.
Mais le plus important est que l’éthique est une arme des consommateurs.
Les consommateurs sont le talon d’Achille de l’intelligence artificielle et demain Aurélie envisage que les consommateurs vont demander à utiliser des produits et des services avec un label éthique qui respectera leur vie privée et leur données.
Peut-être même que les consommateurs seront prêts à payer un peu plus cher pour que leurs données ne soit utilisées que pour une amélioration des services et pas à des fins commerciales.
Quand Youtube propose pour de payer pour accéder à un espace sans publicité ce n’est pas la même promesse. On vous facilite l’usage c’est vrai mais votre donnée est malgré tout capturé. Idem pour Netflix ou Spotify.
Pour Aurélie, l’Europe a donc une carte concurrentielle à jouer en prenant cette posture éthique, de services tout aussi efficaces mais respectueux.
Voire l’Europe pourrait devenir une terre d’accueil des personnes qui veulent protéger leurs données.

L’article Vlan #56 Ethique et intelligence artificielle sont-elles compatibles?  est apparu en premier sur Greg from Paris.


Vlan #55 Le futur du travail et de la mobilité dans la ville

mardi 28 août 2018 à 09:20

Bruno Marzloff est sociologue, fondateur du groupe Chronos et pour son 2ème Vlan, nous allons parler du futur du travail et de son lien avec la ville.
J’ai déjà reçu Bruno sur mon podcast en juin pour parler du futur des villes et donc de manière très connectée nous parlons dans cet épisode 55 du lien intrinsèque avec le travail.
Il est évident que les villes concentrent le travail et que l’évolution des villes se fait de concert avec l’évolution du travail.

Comme c’est la rentrée pour tout le monde, il m’a semblé que cet épisode tombait juste à pic puisque vous l’écouterez sans doute entre votre travail et votre domicile.

 

Qui construit la ville? Quel lien avec notre travail?

Pendant un siècle la ville a été déterminée par des architectes et des politiques qui ont mis au centre la voiture sans forcément réaliser que cela menait à une impasse.
Finalement la filière automobile a largement contribué à la construction mais aussi à la philosophie de la ville.
A une époque ou évidemment la voiture était représentative de la liberté mais aussi de l’innovation.
Pompidou dans les années 60 disait encore qu’il fallait « refaçonner la ville pour la voiture ».
Mais aujourd’hui, il existe un rejet de la voiture en particulier pour les personnes qui vivent intramuros et on envisage le numérique comme une solution miracle à tous les problèmes de la ville.
Mais Bruno s’oppose en partie à cette position et parle par exemple de Waze.
On pourrait penser cette application comme intelligente tant elle utilise des algorithmes pour mettre du sens dans l’intelligence collective.
Cependant, pour Bruno, elle n’est pas intelligente pour le bien commun car en fluidifiant le trafic, elle ne fait que reporter le problème à plus tard.
A noter que les acteurs du web et en particulier Google ont pris une part de plus en plus importante dans la manière dont la ville se construit.
Que ce soit à travers Google Maps et Waze que l’on vient d’évoquer mais surtout de Sidewalks Labs, une filière de Google autour des villes « intelligentes » (smart cities).
Cette société permet de monitorer la ville en temps réel, de permettre à tout le monde d’accéder à ces données mais aussi de proposer des suites servicielles pour simplifier la vie dans la ville au quotidien.
Mais, comme le remarque Bruno, il reste un flou magistral sur la possession des données en particulier sur le test qu’ils sont en train de mettre en place à Toronto.
Ce n’est pas une question légère car posséder la donnée, c’est posséder le pouvoir.
Et du coup, il faut se poser la question de la place de l’usager dans cette ville maîtrisée par des sociétés privées.

 

Où allons nous travailler demain?

Dans la mesure ou les villes se sont aussi construites pour accéder à l’ensemble des services dont on pourrait avoir besoin, le digital ne va-t-il pas permettre le désengorgement des villes puisque l’on peut désormais trouver ce que l’on veut même à distance?
Mais aussi avec le télétravail par exemple mais avec la capacité de travailler dans des espaces comme les voitures autonomes?
Comme le souligne Bruno, la question du travail est déterminante dans la construction de la ville car la manière fordiste d’envisager le travail (9h-17h) créé des engorgements particulièrement néfastes pour la qualité de vie des citadins.
En particulier, cela implique de calibrer l’offre de transports publics pour gérer ces flux mais c’est évidemment illusoire car le reste du temps les routes ou les rames sont très allégées.
Bruno reconnait évidemment que le digital peut permettre de réduire ces déplacements subit en donnant la possibilité de travailler à distance.
C’est ce qu’il appelle la démobilité.
Mais les limites sont évidemment chez l’employeur qui imposent souvent la présence à 9h du matin mais par contre profitent du digital pour exiger une réactivité le soir ou le WE.
Pour Bruno ce qui est en train de s’inventer c’est une individualisation des solutions avec des nouvelles manières d’envisager le travail pour chacun.
Que ce soit à travers les espaces de co-working, le travail à distance doit aussi se mêler avec le présentiel qui est évidemment non négociable et très important pour que cela fonctionne bien.
Les voitures autonomes vont se réaliser mais selon Bruno, il faut surtout réfléchir à savoir si cette logique de la voiture particulière a toujours du sens tant les routes sont complètement surchargées.
On peut évidemment envisager que les voitures autonomes seront nos bureaux de demain et que par conséquent, on sera moins regardant au temps passé dans ces dernières puisque ce dernier sera devenu productif.
Mais pour Bruno, il faut réinventer la manière d’utiliser la voiture, que ce soit par un principe de voiture partagée (type autolib) ou de co voiturage mais dans tous les cas, on ne pourra pas maintenir cette logique de voiture individuelle à terme.
D’ailleurs, des solutions s’appuyant sur la blockchain envisagent de résoudre cette problématique de covoiturage dynamique sur des courtes distances.
Au final, au centre du travail de demain se trouve la confiance: peut-on être dans un modèle de confiance tel que l’on peut envisager un nouveau modèle de productivité du travail et dans lequel l’épanouissement du travailleur sera au coeur des objectifs de l’entreprise.

Je pense qu’il y a encore beaucoup à dire sur l’évolution du travail et j’aurais l’occasion d’y revenir.
Je trouvais intéressant de le regarder sous le prisme de la ville car c’est une relation totalement imbriquée et souvent subite par la plupart des citadins qui « montent » à la ville pour pouvoir trouver un travail qui les satisfait

L’article Vlan #55 Le futur du travail et de la mobilité dans la ville est apparu en premier sur Greg from Paris.


Vlan #54 comment remettre de l’éthique dans le porno

dimanche 26 août 2018 à 11:48

Olympe de G est une personne multifacettes et qui essaie d’envisager le porno autrement.
Le porno a un rôle important dans notre société et a totalement modifié notre rapport à la sexualité.
Désormais qu’il est accessible gratuitement en 1 clic, il est essentiel de se poser la question de ses impacts, de la manière dont il est produit mais aussi d’envisager de nouvelles formes de pornographie.
Olympe de G que j’ai déjà reçu sur Vlan pour parler du plaisir féminin s’essaie à de nouveaux formats avec une approche de femme et d’artiste.
Elle tente de colorer le porno de manière différente.

Vous l’aurez compris, Vlan a beaucoup évolué depuis son lancement, ce n’est plus tant un podcast sur le marketing qu’un podcast sur l’évolution de la société au sein d’une révolution industrielle.
Un bon marketer saura toujours prendre les insights là où ils sont et par exemple, parler de l’évolution de la sexualité féminine à un impact fort pour toutes les marques qui parlent aux femmes.
C’est évidemment moins direct comme approche et elle est moins outillante mais pour moi, elle est beaucoup plus intéressante tant à enregistrer qu’à écouter.

Le slow porn: vers un porn plus éthique

Pour être honnête, j’ai inventé cette expression de « slow porn » qui comme pour la nourriture ou pour le web est une vision plus éthique du porno.
C’est ce que défend Olympe de G à travers son travail d’ailleurs.
Cela implique de faire un porno qui est produit avec considération pour les acteurs/actrices, avec des personnes réellement adultes, qui ne produisent pas des films à la chaîne, un porno qui a envie de montrer du sexe qui donne du plaisir, des performeurs bien traités (avant, pendant et après le tournage) et bien payés.
Mais ce n’est pas seulement cela, il s’agit aussi de défendre des points de vue et de sortir des clichés par exemple sur la femme mais aussi sur les personnes de couleur qui sont souvent enfermés dans des stéréotypes dangereux.
Aussi, il est essentiel de comprendre que le porno éthique permet à chacun de s’épanouir
En effet, dans le porno éthique on essaie de montrer tous les types de sexualité sans les stigmatiser, par exemple celles des handicapés mais aussi des femmes qui ne correspondent pas nécessairement aux critères de beauté en vogue en ce moment, cela permet de libérer les personnes qui regardent et se retrouvent dans ces performeurs.
Il est essentiel de comprendre que notre consommation à chacun favorise la manière dont l’industrie évolue.
Se rendre sur des sites gratuits et sans trop de considération pour tous les éléments sus mentionnés, favorise un développement du porno qui aura un impact sur notre propre sexualité et d’autant plus sur la sexualité de nos enfants.
C’est aussi cela le combat d’Olympe de G qui défend l’idée qu’un porno peut être un film intéressant à regarder aussi.

 

Vers de nouvelles formes de porno

Olympe de G a décidé de lancer un « nouveau » format: le porno audio.
Il se trouve que cela a été un succès tout l’été sur la plateforme Audible d’ailleurs.
L’avantage du porno audio est évidemment par définition qu’on ne montre plus de corps et que par conséquent, c’est à l’imaginaire de chacun de travailler et de s’imaginer en situation.
Evidemment le porno audio est plus souple à produire mais plus que cela il permet d’être plus créatif car cela laisse le champs libre à la suggestion.
Mais aussi tu peux consommer le porno audio dans les endroits que tu désires et sans que personne ne puisse vraiment le savoir.
Sachant que dans la sexualité il y a une dimension de l’interdit, cela peut prêter à des situations cocasses.
Jusqu’à présent l’offre était niche et mal produite, Olympe de G a donc essayé d’exploiter cette nouvelle manière de concevoir le porno.
Ce qui est intéressant c’est que le sexe a beaucoup de son et il y a de nombreux sons très évocateurs et auxquels nous pouvons tous nous lier.

Sur ce, je vous laisse découvrir cet épisode

L’article Vlan #54 comment remettre de l’éthique dans le porno est apparu en premier sur Greg from Paris.


Vlan #53: le futur de la beauté avec Lubomira Rochet

mardi 10 juillet 2018 à 09:18

Lubomira Rochet est la C.D.O du groupe l’Oréal et je l’ai déjà reçu sur ce podcast afin de parler de la transformation du groupe.
Mais cette fois, je la reçois pour parler de beauté et plus précisément du futur de la beauté.
l’Oréal, le plus important groupe de beauté au monde, s’est fixé comme mission d’apporter « la beauté pour tous » mais concrètement qu’est ce que cela peut vouloir dire.

C’est de cela dont nous parlons avec Lubomira pour mieux comprendre sa vision et celle du groupe car  quelque part, ce sont eux qui vont définir, avec les consommateurs, la beauté de demain.

 

De la beauté pour tous à la beauté pour chacun

Bien sur l’Oréal touche toutes les typologies produits, toutes les gammes de prix, tous les types de peaux (même si pendant longtemps ils se sont concentrés sur les peaux caucasienne), tous les circuits de distribution et en cela ils ont toujours suivi leur mission de marque.
Si nous avons connu une conception de la beauté très uniformisée et descendante constituée de modèles censés être aspirationnels pour chacun, aujourd’hui, selon Lubomira le futur de la beauté doit être personnalisé.
C’est l’un des aspect majeur du digital. Il permet aux consommateurs de trouver le produit qu’il leur faut précisément mais la technologie permet également de développer un produit en fonction de la peau de la personne.
On pourrait donc demain imaginer d’avoir chacun un numéro avec le code de sa peau que l’on pourrait donner aux marques afin qu’elles puissent développer un produit qui nous soit dédié.
Ensuite, de la simple customisation à la personnalisation, il y a évidement de nombreuses options qu’il faut considérer.

Dans cette approche, plus de jugement à priori de la peau, personne n’a une peau ethnique, tout le monde a une peau qu’il faut traiter de manière particulière.
Cela pose évidemment des questions industrielles importantes de logistique mais également en points de vente.
La massification et son modèle économique va finir par être remis en question par ce nouveau paradigme qui tend à s’imposer et qui va demander de s’approvisionner en matière première de manière locale, de produire à la demande etc…

D’une approche produit à une approche servicielle de la beauté

Malgré les années de publicité, les consommateurs ne savent généralement pas quels sont les bons produits pour eux.
Dès lors, comme le précise Lubomira, il y a 2 dimensions servicielles importantes: le diagnostic et l’essayage virtuel.
Le diagnostic peut se faire en boutique mais en ligne c’est encore très rare qu’il soit précis, idem pour essayer le maquillage.
Néanmoins, on est en droit de se poser la question du rôle de la marque dans un monde dans lequel les produits sont personnalisés. Est-ce que finalement dans ce nouveau « monde », ce qui est important ce n’est pas simplement les ingrédients, l’expérience et la finesse de personnalisation associée au prix?
Mais pour Lubomira, la marque doit absolument amener le contrat de confiance sur la qualité des produits et les ingrédients mais aussi un engagement fort pour la société.
Il y aura beaucoup de modèles différents évidemment mais on peut être certain que dans les boutiques demain, on aura de petites usines qui permettront à tout à chacun de repartir avec leur produit dédié dans l’heure.
D’ailleurs, nous parlons également de robotisation, du rôle de l’humain, de celui de l’intelligence artificielle, de la privatisation des données et de nombreux autres sujets connexes à celui simplement d’une beauté personnalisée.

Ce qui est certain, c’est que la beauté n’échappe pas à la révolution industrielle que nous sommes en train de traverser et que c’est évidemment un secteur passionnant car il parle à tout le monde.
En écoutant cet épisode de podcast vous en découvrirez encore plus.

L’article Vlan #53: le futur de la beauté avec Lubomira Rochet est apparu en premier sur Greg from Paris.


Vlan #52 La ville est devenue une nécessité insupportable

mardi 3 juillet 2018 à 07:25

Bruno Marzloff est sociologue, spécialiste de la ville et de la mobilité, a fondé l’institut de recherche Chronos qui s’intéresse particulièrement aux questions de l’urbanisme et de son évolution.
J’ai rencontré Bruno il y a précisément 18 ans lorsque je faisais mon mémoire de fin d’étude, il m’avait alors gentiment reçu et aidé pour mon projet autour du temps comme facteur clef de succès du 21ème siècle.
Aujourd’hui je le reçois pour parler de son sujet de prédilection, à savoir, la ville.

Nous avions déjà parlé avec Stéphane Hugon d’un retour à la nature et à la naturalité mais ici, nous plongeons beaucoup plus sur ce qui constitue les contradictions de la ville.

En effet, je constate dans mes envies personnelles et dans celles de mes amis, une envie impossible de vouloir retrouver de la nature tout en profitant des avantages de la ville, j’ai la sensation qu’il y a un mouvement vers plus de naturalité et c’est donc de cela dont nous parlons ensemble.

La ville est devenue insupportable

La ville est aujourd’hui un corpus très  hétérogène qui intègre des monstres comme Jakarta, Lagos ou Shanghai et ses 80 millions d’habitants mais également selon définition française des structures de plus de 20 000 habitants.
Dès lors, il est difficile de lui donner une définition stricto sensu.
Aujourd’hui, on ne sait plus très bien où sont les limites de la ville et nous sommes dans l’incapacité de maîtriser ce développement.
Finalement, selon Bruno Marzloff, une des caractéristique essentielle de la ville, c’est celle de l’hébergement de flux (humains, mode de transports, marchandises, touristes, mafia, commerces) et qui domine la question de la ville car ces flux ne sont absolument pas maitrisés.
En reprenant cette accroche publicitaire du TGV « prenez le temps d’aller vite », nous discutons avec Bruno de ce paradoxe complexe mais qui exprime bien la situation dans laquelle se retrouve beaucoup de citadins.
Selon Bruno Marzloff, c’est le lot de ces derniers de la gérer d’ailleurs et c’est évidemment un équilibre complexe à trouver.
Car la pression formidable de la ville, les injonctions permanentes des notifications, tout ce mouvement représentent l’énergie de la ville mais en même temps, en tant qu’être humain, nous avons besoin et nous cherchons une forme de ville apaisée.
Cette ville est devenue insupportable.
Si d’un coté il existe un rejet de tous les excès, ceux de la ville tentaculaire et de l’ensemble des séquelles liées (bruits, temps perdus, pollution, chereté), de l’autre, cette ville génère un effet centrifuge principalement lié au travail.

Dès lors, plus la ville est importante plus elle définit des déplacements subits (travail, ressources utiles, etc…).
Ces derniers sont devenus ingérables par les villes d’ailleurs en particulier car les politiques ont un temps de décision différent du temps de développement des villes. Ces derniers ne réfléchissent qu’à se faire réélire alors qu’il faudrait une réflexion profonde sur la ville et ses flux.
Au final comme le relève Bruno Marzloff, 48% des Européens souhaitent résider ailleurs que là ou ils habitent actuellement mais ce chiffre devient vertigineux puisqu’il atteint 70% quand on est dans la grande périphérie parisienne.
Sans compter que la ville génère énormément de solitude. Ainsi, il a été prouvé que la solitude est inversement proportionnelle à la densité d’une ville.
De manière contradictoire, on aime aussi le sentiment d’anonymat que la grande ville procure.

Les envies d’une autre ville

On se rend compte que la ville est construite sur une logique d’étalement de ses fonctions.
Elle a été pensé pour être reliée par l’automobile mais force est de constater que nous sommes entrés dans une impasse.
Pourtant on fait perdurer son mode de fonctionnement car on n’arrive pas à entrer dans une rupture.
On a envie de proximité par exemple, de participer à des échanges entre voisins mais peut on fabriquer de la ville sur la ville se demande Bruno Marzloff.
On cherche de la familiarité, de la communauté dans la ville.
Nous cherchons également une ville  dans laquelle nous pouvons accéder à pied à l’ensemble des éléments dont nous avons besoin.
Et évidemment, une ville plus « nature », une ville plus maitrisée.
Mais la « ville nature » n’existe pas en réalité et s’il existe une demande très forte de s’évader de la ville, pour beaucoup de citadins, la réalité financière est qu’il y a une impossibilité de le faire.
Le rêve est donc de s’installer dans une petite ville à coté de la grande pour essayer de tirer profit des 2 mais, une fois encore, la contradiction est difficile à gérer.
Pour remettre de la nature dans la ville, les citadins plébiscitent des jardins partagés, ils veulent « faire ensemble » et souhaite des espaces actifs dédiés à la nature.
Toutefois, ces derniers ne sont pas au programme des politiques car ce ne sont pas des mesures qui les feraient réélire.

Et vous? comment vous sentez vous dans votre ville? Dans votre vie?
Que vous soyez citadins ou pas, il serait intéressant de comprendre comment vous avez trouvé votre équilibre.

L’article Vlan #52 La ville est devenue une nécessité insupportable est apparu en premier sur Greg from Paris.